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Fédération de Haute-Garonne

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"Critique de la religion" Yvon Quiniou

 
 
 
 

Introduction :

Evènements du 11 septembre. Droit de critiquer la religion tout en respectant les croyants. Il existe une autre croyance à critiquer : la croyance en la main invisible du Marché. Tant que les citoyens resteront dans la croyance, il n’y aura pas d’alternatives.

Publications :

  • Problèmes du matérialisme, 1987.
  • Etudes matérialistes sur la morale, 2002.
  • Karl Marx, 2007.
  • L’homme selon Marx, 2011.
  • Critique de la religion, une imposture morale intellectuelle et politique, 2014.
  • Et bien d’autres…

Anecdote :

* En Roumanie, certains gynécologues ont arrêté de pratiquer des IVG pendant Pâques pour ne pas « chagriner » Dieu.

Analyse Yvon Quiniou :

I) Analyse de la situation actuelle, retour politique du religieux

II) Critique de la religion, de l’appareil des 3 religions

 

Marx avait l’ « athéisme tranquille », il était pour émanciper l’homme et y compris sur le plan religieux. La liberté religieuse doit être un principe de fond dans une société communiste, donc démocratique. Mais, on ajoute le fait qu’il faille libérer les esprits de la fantasmagorie religieuse. Méfaits de la religion sur l’homme.

Le débat sur la laïcité est lié à la conception que l’on se fait de la religion. Est-elle là pour tisser un lien entre les hommes ? cf Sarkozy qui considérait qu’un prêtre était plus à même de dicter le bien et le mal qu’un instituteur.

Titre provocateur de l’ouvrage, le sous-titre en particulier. Quand on a bien compris ce que cela veut dire, il est difficile d’opposer des arguments contraires.

Les Lumières étaient partisans d’une croyance rationnelle.

 

I) Retour politique du religieux :

Désenchantement du monde. Baisse de la pratique religieuse en France. On ne peut pas parler au sens strict d’un retour religieux dans les masses populaires. Or, en Pologne et en Hongrie, retour du religieux au niveau des masses et d’une religion réactionnaire. Pas de recul aux USA, sacrée présence du religieux. Critique des grands acquis scientifiques liés au Darwinisme. Critique frontale car le darwinisme s’oppose à la Genèse. Cf théories créationnistes. Ou retour de l’Intelligent Design (1). Un Dieu aurait orchestré l’évolution.

Les Eglises (catholique, juive et musulmane) se battent pour la Manif pour tous. Critique des décisions votées démocratiquement. Visibilité de plus en plus grandes de certains Eglises. Positions rétrogrades.

On a assisté à des déclarations en Hollande, en particulier, prônant l’enseignement de la théorie créationniste dans les écoles.

Transformation d’un fait en norme : l’UE a inséré dans sa Constitution qu’elle était issue d’un héritage chrétien. Or cette Eglise a eu du mal à accepter l’avènement de la République au XIX° et même au XX° siècle. Dans les années 70°s, l’Eglise catholique en France a enfin accepté que des Chrétiens pouvaient s’engager dans le Socialisme. Depuis la chute du mur de Berlin, et la disparition des pays socialistes, l’Eglise est revenue sur ses positions. L’Eglise est favorable à la propriété privée.

Hypocrisie papale de François Ier. Critique du consumérisme capitaliste. Or, ce n’est pas une critique de l’argent ni du capitalisme : le consumérisme est pour lui un culte du plaisir qui détourne de Dieu. « Option préférentielle en faveur des pauvres » mais il rajoute après, « ce n’est pas une option politique, c’est une option culturelle et religieuse, l’Eglise n’a pas à devenir une ONG ».

Résurrection d’un discours anti-IVG dans les pays de l’Est, en l’Espagne, etc. Les néo-fascistes sont derrière tout cela. Cf une femme au Brésil a été violée, des médecins se sont emparés de son cas, l’ancien pape a annoncé qu’il était moins scandaleux de violer que d’avorter…

Recrudescence de l’Islam. Attention à ne pas tomber dans de l’islamophobie. Il existe des gouvernements islamistes qui imposent la Sharia. Or, il n’y a pas adéquation entre ce qu’écrit le Coran et les agissements islamistes.

Selon Meddeb, Face à L’islam : il y a une question théorique posée par la violence dans le Coran. Certaines sourates nourrissent une vision violente de l’Islam. 2/3 de violence et 1/3 de non-violence dans le Coran. Il y est écrit par exemple que si un pays limitrophe n’est pas musulman, il va menacer idéologiquement le pouvoir du pays musulman, il faut l’envahir et tuer les infidèles. Face à un pays polythéiste, on passe un pacte de 3 mois, on essaie de les convertir puis on les tue s’ils ne se convertissent pas. Allah est essentiellement un objet de crainte dans le Coran. Cf Houellebecq, Soumission. Ce n’est pas à l’homme ou à la femme de juger ce qui est bien ou mal. C’est le Coran qui décide à travers ses interprètes. L’Islam est-elle compatible avec la Laïcité en droit ?

Et dans la Bible ? C’est exactement pareil. Même dans la pratique : Barbarie chrétienne autour de conflits sanglants entre catholiques et protestants. Guerres de religion. Les idées islamiques deviennent une puissance matérielle destructrice. « L’islamisme est une maladie de l’Islam, mais les germes sont dans le texte » (Meddeb). Les formes d’amour que l’on demande de pratiquer aux musulmans, privilégie dans l’héritage, par exemple, les fils par rapport aux filles. Autre forme d’attention : Il faut être plus poli que l’hôte qui vous accueille dans la communauté musulmane. Différent de la parole du Christ « Aimez-vous les uns les autres » (sans distinction entre le croyant et le non croyant).

 

II) Critique de la religion, analyse des termes de l’intitulé :

Un imposteur est quelqu’un qui prétend être ce qui n’est pas et qui prétend apporter ce qu’il n’apporte pas. Il n’y a pas de vérité religieuse, mais une croyance.

Kant, La religion dans les limites de la simple raison. Autrement dit, sans se fier à ce que Dieu a « dit ». Le culte religieux est immoral selon lui car quand on se livre à un culte religieux, on croit augmenter son mérite moral auprès de Dieu et sa chance d’entrer dans le royaume des Cieux. Il n’y a pas de devoir de croire. On n’a pas à devoir croire. La foi ne sauve pas, contrairement à ce que disent les Juifs. Foi incarnée dans une pratique ritualiste.

Au XVIIIème siècle on était croyant pour faire carrière. Les religions ont toujours été du côté du pouvoir en place. Cf les pays fascistes (Chili, Espagne, Portugal). Les religions unissent en interne (et encore !) mais en externe… Au niveau de l’Islam, regarder le nombre de fractions (Shiites, Sunnites…). Les religions sont des facteurs de division.

Il s’agit d’une critique de la religion et non de la Foi qui peut apporter des réponses à des questions métaphysiques que les Hommes se posent. Contrairement à la vision athée : le monde est infini et ne va nulle part ; le sens du monde c’est celui qu’on lui donne.

Ce dont on ne peut parler rationnellement, il faut le taire.

Les Lumières : critiques féroces des agissements de l’Eglise.

Penseurs de la critique de la religion :

  •  Position de Spinoza : la religion est intégralement faite de fiction de l’imagination. La religion n’a rien à nous enseigner sur la raison théorique. La seule chose qu’elle peut nous apprendre c’est le message pratique d’amour (qu’on peut retrouver autre part, cela dit).
     
  •  Hume, Histoire naturelle de la religion. Si toutes nos idées viennent de l’expérience, comment peut-on faire confiance à Dieu ? La religion se veut surnaturelle et lui veut en faire une histoire naturelle. Un croyant c’est celui qui a de l’espoir et de la crainte face aux vicissitudes de l’existence. « Les religions sont les rêveries d’un homme malade ». Pourtant partisan de la Tolérance absolue.
     
  •  Kant : Critique de l’idée qu’on puisse communiquer avec Dieu. L’homme n’a pas les moyens de communiquer avec le purement intelligible, ses facultés lui interdisent. Donc, la seule foi dont il est capable, c’est une foi rationnelle. Au nom d’une religion idéale raisonnée, il critiquait ces 3 religions.
     
  •  Rousseau : croyance en la liberté, en l’immortalité de l’âme. Mais très sévère envers les croyants qui étaient pour lui de mauvais citoyens, ils préféreraient Dieu aux lois de la Terre. Expliquer la religion à partir d’un phénomène humain c’est détruire la conscience qu’elle a d’elle-même d’être un phénomène suprahumain.
     
  •  Feuerbach, L’essence du christianisme : « Ce n’est pas la religion qui fait l’homme mais l’homme qui fait la religion ». Il est peu étudié à l’Université. Il présente la religion comme une aliénation du genre humain qui projette ses aspirations en un Dieu. Or, Dieu étant une illusion créée par l’Homme, c’est en lui-même qu’il doit trouver la réponse. De fait, il se soumet aux impératifs de la création de Dieu. Quand l’homme doit aimer l’homme c’est toujours à travers Dieu, ce qui signifie qu’en fait ce n’est pas l’homme qu’il aime mais Dieu. « L’amour humain est misanthrope ».
     
  •  Marx : La condition préliminaire de toute critique est la critique de la religion. Toute critique globale doit commencer par une critique de la religion. Pourquoi ? Car la religion diffuse des illusions qui nous masquent le réel. Une fois que les illusions sont abandonnées, on peut commencer la critique politique, de la terre. Cette critique-là ne nous dispense pas de la première. « La religion est l’expression de la détresse réelle de l’homme, la protestation contre cette détresse ». La détresse n’est pas, chez lui, la détresse métaphysique (peut-être est-ce un manque chez Marx ?), mais une détresse réelle, sociale, le malheur. Etant malheureux ici-bas, l’homme s’imagine un Dieu juste, une existence après la mort. Cette compensation imaginaire est elle-même une compensation imaginaire. Elle n’offre pas de solution : « la religion est un opium qui endort vos souffrances mais ne les guérit pas » (qui l’empire même). « la religion couvre les chaînes réelles de fleurs imaginaires et elle nous empêche de cueillir les fleurs vivantes ». Effets idéologiques de la religion : (cf Althusser, Gramsci sur l’hégémonie culturelle), l’idéologie religieuse a pour fonction de justifier le pouvoir en place, de justifier les inégalités. Elle est la cause d’effets sociaux, elle enseigne la résignation.
     
  •  Nietzsche : pensée antidémocrate et antiféministe que l’on ne doit pas partager. Mais, il est un grand penseur de la morale religieuse à partir de la vie. 2 systèmes de valeurs (des faibles et des forts). Le système des forts, celui du christianisme, s’en prend directement à la vie. Sans cesse, le christianisme a forcé les hommes à se débarrasser des plaisirs du corps, à se concentrer sur l’esprit pur. Qu’est-ce que le péché de chair ? La notion de vice n’a pas de sens. Il vise le christianisme et non le Christ qu’il considérait comme pur. La vie c’est bien mais pas forcément si le système des forts prévalue au détriment des faibles.

     
  •  Freud : 2 manières de penser la religion qui sont toutes les 2 tirées de la psychanalyse (science). Freud a quitté le champ de la psychanalyse individuelle pour étendre ses théories à une réalité collective (art, religion, etc.). Possibilité donc qu’il se trompe. Il écrit L’avenir d’une illusion :
    1ère théorie : la religion est une illusion qui n’a pas d’avenir. Sauf que, une illusion n’est pas forcément une erreur. Mais la question de savoir si c’est vrai ou faux ne l’intéresse pas, il s’intéresse à l’origine de cette illusion. L’homme projette ses désirs dans un univers transcendent, il désire le bonheur, il croit à la béatitude et à l’éternité, etc. Tous les thèmes des croyances religieuses cachent derrière eux des désirs à assouvir.
    2ème théorie : Quand nous croyons, nous restons attachés à des concepts paternels. On a aimé ses parents, on a porté la perception à l’absolu, on va transférer cette image sur un être idéal, Dieu. L’homme doit donc se tirer de la religion pour ne pas tomber dans la névrose.

 

Est-ce que la laïcité peut se passer d’un point de vue critique sur la religion ? Doit-on enseigner les faits religieux à l’école ? Lui est plutôt contre. La laïcité n’est pas là pour favoriser les religions. L’idée prétendument laïque d’apprendre les religions à l’école (alors qu’elles sont déjà enseignées à travers l’histoire) doit faire place à une intégration dans les cursus de la critique de la religion sur le plan humain, scientifique et politique. La laïcité a un idéal, promouvoir la liberté de conscience et de penser (contrairement à ce que portent les religions).

Cf Marx, les communistes sont là pour libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse.

 

Débat :

1) A propos de la distinction de l’apparence et de l’essence dans son ouvrage. Entendre la foi en tant que révélation contrairement à la Foi en tant que prise de position qu’on a sur le réel (déisme). Ce qui gêne dans l’idée de révélation, c’est que le croyant se croit investi par sa foi, d’une parole divine. Apparence de foi à laquelle il croit dans sa conscience qui le met en présence d’une foi qui lui apparaît comme révélée. Mais il n'a pas conscience que cette révélation est le fruit d’une apparence de sa conscience.

2) Refuses-tu l’idée d’une transcendance laïque ? Contre la théorie de Régis Debray : Il existe une réalité laïque profane sur laquelle nous devons nous appuyer pour vivre ensemble. Pour Debray, la religion c’est aussi celle du sport, par exemple (une certaine transcendance laïque). Il faut se méfier de cette idée de transcendance qui peut être source d’adhésion mais aussi de division. Tout groupe humain ne peut exister ou subsister que sur la base d’idées non critiquables (cf Tocqueville, De la démocratie en Amérique, ces idées sont les croyances religieuses pour Tocqueville). Idéologie et morale suffisent pour créer un vivre ensemble.

3) Darwin, L’origine des espèces, puis La filiation de l’Homme : il applique le principe de l’évolution à l’Homme lui-même. La nature produit l’homme. Conséquence : l’homme ne peut être considéré que comme une forme de la nature. Or, il a fallu plus d’un siècle à l’Eglise catholique pour admettre la théorie de l’évolution. Les musulmans ne l’admettent toujours pas, cela dit… Un des papes a dit que l’évolutionnisme est plus une hypothèse qui concerne le corps (l’esprit restant d’origine divine). Entre le corps et l’esprit, il y a un saut ontologique, selon ce pape, qui ne peut être comblé que par l’étude de la philosophie, de la théologie ou de l’art.

Bien évidemment, que devient le péché originel dans une théorie de l’évolution ? Le schéma essentiel est que l’homme est issu de la nature mais qu’en est-il de cette nature ? Cette nature est-elle infinie (théorie de Marcel Conge) ?

4) Un croyant peut être communiste dès lors qu’il est critique envers sa croyance et qu’il ne critique pas les sciences. Cf Yvon Quiniou, examen critique du Coran sur Mediapart. Il faut faire des critiques de sa propre religion. Ex : dans le Coran une sourate énonce que quand les musulmans sont dans une salle confrontés à des incroyants, si ces incroyants ne les attaquent pas verbalement, il faut les laisser tranquilles. Or, une autre sourate dit le contraire. Contradiction. Ce n’est pas parce qu’on critique l’islam qu’on est dans le racisme antimusulman (de même si on est anti-judaïques, on n’est pas antisémites). La question de l’opportunité (le fait d’éviter de critiquer une religion, cf les dessins de Charlie Hebdo sur Mahomet) est une question électoraliste. Ça peut être payant à court terme, mais néfaste à long terme.

5) Les dérives de l’Islam aujourd’hui se comprennent aussi par les ambitions géopolitiques de l’Arabie Saoudite. Oui en partie, mais on ne peut pas nier que nous sommes aussi dans des conflits intra religieux. Cf l’attentat dans une université au Kenya, les islamistes ont tué des chrétiens et ont épargné les musulmans.